Coaching prise en main de voilier : 4 jours avec Patrick, propriétaire

4 jours, c’est le temps que je préconise aux nouveaux propriétaires de voilier pour prendre en main leur bateau par l’intermédiaire de mon coaching. Je vous relate ici le coaching que j’ai fait avec Patrick la semaine dernière sur Stella Maris, son dériveur intégral de 28 pieds, charmant voilier alu de 1987, modèle unique. Très marin, très plaisant !

Vous trouverez ici quelques détails techniques précieux, selon moi, et parfois réutilisables sur votre propre voilier.

Jour 1 : les points de contrôle, se construire une checklist et un inventaire

Le bateau est amarré à Pont l’Abbé, un port à marée. Lundi matin, la marée est basse, le bateau est posé dans la vase du port. Cela faisait partie des critères de choix de Patrick, un dériveur intégral pour pouvoir se poser. L’alu le rend plus solide.

Le premier jour, avant de partir en mer, nous avions beaucoup de choses à voir et la marée basse n’a pas été un problème. Patrick avait encore beaucoup à découvrir sur son voilier. Passer du stade stagiaire Glénans à propriétaire d’un voilier change beaucoup les perspectives qu’on a et, en marin responsable, un certain nombre de points sont à vérifier :

Vérifier son moteur : courroie, niveaux (huile moteur, inverseur, refroidissement), fixation, presse-étoupe, fuites éventuelles, démarreur. Comprendre le gréement, vérifier s’il est bien réglé et prévoir les réparations pour le chantier d’hiver. Nous avons détecté une très légère inclinaison en tête du mât vers la gauche. Ce sera à reprendre par un réglage de hauban mais sans urgence. Comprendre le plan de pont et à l’usage voir comment il peut être amélioré. Notamment, pour installer un spi ultérieurement, il y a un tangon sur le bateau, mais il n’est pas vraiment prévu pour être utilisé (pas de hâle-bas installé). Comprendre le fonctionnement des toilettes (vannes et valves anti-retour). Patrick a fait installer une nouvelle électronique de bord Raymarine, il s’agit de la prendre en main. Savoir utiliser sa VHF pour veiller et alerter. En cas de problème par VHF ou par téléphone, quelle est la procédure ? Toujours bon de rappeler la procédure. Comment manipuler la descente de la dérive ? Celle-ci n’est pas visible et une trappe de visite peut être repensée pour l’hiver. Vérifier les équipements de sécurité et s’assurer qu’on est, au moins, conforme à la D240.

Quand la marée nous a permis de sortir, nous avons pu naviguer quelques heures vers Sainte-Marine : hisser, wincher, organiser le cockpit. Il y avait un point de blocage dans l’enrouleur de génois et une drisse de spi bloquait le déroulement. Arrivé au port, nous avons pu ajuster les différents points, prêts à repartir le lendemain.

Évidemment, cette première navigation a été aussi une prise en main pour Patrick qui a pu réaliser ses premières manœuvres de port. Nous avons pu ajuster la méthode pour entrer dans une panne avec un courant non négligeable. Nous avons aussi bien travaillé les virements, la synchronisation du passage du génois, qui est à fort recouvrement.

À terme, Patrick doit pouvoir naviguer en solo. Nous avons donc essayé le pilote automatique. Nous avons constaté qu’il a quelques limitations liées à son âge et qu’il pourra être utilisé mais dans des conditions limitées : il ne pourra l’utiliser dans le chenal pour préparer les pare-battages et les aussières, mais il pourra l’utiliser plus au large pour garder un cap.

Bref, cette première journée, nous avons déjà bien profité du voilier. Sur celui-ci, un chantier est à prévoir pour reprendre le pont qui a vieilli, mais c’est un beau bateau et j’ai pu constater qu’il se comporte très bien par vent modéré entre 10 et 15 nœuds. À partir de 15 nœuds, le bateau est ardent mais ne gîte pas trop, ce qui permet d’avoir une remontée au vent bonne, malgré la simple dérive lestée. Par moins de 10 nœuds, le bateau nécessite d’être attentif aux bons réglages pour éviter qu’il ne soit trop mou. Nous avons bien travaillé cela, grâce à la bordure et la drisse pour gérer le creux, au chariot de grand-voile qui permet de bien régler le vrillage et au chariot de voile d’avant, assez ample, permettant de bien régler le génois.

Nous étions en régime anticyclonique et qui dit anticyclone en Bretagne Sud, dit mer plate ! Nous n’avons donc pas pu tester le voilier quand la mer se creuse. J’ai cependant expliqué à Patrick l’utilité de la bordure pour bien garder de la puissance dans la houle. Il testera lors de ses premières navigations d’automne, il a le temps pour sa retraite.

Jour 2 : régler ses voiles et manœuvrer

Vent très faible le matin, l’occasion de bien préparer une navigation pour aller mouiller à la Chambre aux Glénans. Les coefficients de marée sont élevés, mais nous allons pouvoir profiter de la dérive relevable et mouiller par peu de fond (on passe de 1,7 m de tirant d’eau à 50 cm, dérive relevée, très appréciable aux Glénans).

Pour l’anecdote, Patrick n’aime pas du tout le foot (encore moins que moi) et en ce 14 juillet, nous croisons tous les voiliers qui reviennent des Glénans pour ne pas rater la demi-finale contre l’Espagne alors que nous faisons route. L’histoire nous dira que nous n’aurons pas manqué grand-chose.

Une fois la navigation prête (marée, courant, météo, route théorique, points de route définis, sécurités prises, pilotage de départ et d’arrivée), nous quittons la place de port, mais comme le vent n’est pas encore établi, nous travaillons ensemble les prises de coffre en solo dans l’Odet, par l’avant (pas facile de réguler la vitesse et attraper le corps-mort), par l’arrière (bien plus simple pour le récupérer non loin de son poste de pilotage). Patrick sait maintenant le faire sur son voilier.

Sur l’heure du midi, le vent s’installera à 9 nœuds et progressera tout l’après-midi jusqu’à plus de 15 nœuds. La navigation vers l’archipel des Glénan a été formidable avec une route qui aura profité d’un vent adonnant en prenant de l’Ouest puis Nord-Ouest, classique à cette saison. Nous avons travaillé durant cette navigation les réglages de voile, grand-voile et génois. Pendant la montée du vent, nous avons expérimenté les réglages (vrillage, creux), pour comprendre le comportement du bateau et savoir jusqu’où on pouvait aller sans ariser la GV. J’ai pu constater que le chariot avait un bon effet sur le vrillage (GV bien adaptée) et cela nous a permis de retarder la prise de ris. À 15 nœuds, le ris est devenu nécessaire, malgré une gîte modérée, la barre était trop dure et elle freinait trop les écoulements. Patrick, après mes conseils, a pu effectuer cette prise de ris en solo, moi jouant le rôle de pilote automatique à la barre.

Enfin, avant d’entrer dans l’archipel, nous avons consacré du temps pour faire de la manœuvre solo, Patrick a travaillé ses virements et ses empannages pour bien les maîtriser.

Puis, nous nous sommes installés au mouillage à la Chambre, l’occasion d’un pilotage pour entrer dans l’archipel. Match de foot oblige et gros coefficients de marée, peu de bateaux étaient présents dans la Chambre.

Jour 3 : naviguer en sécurité et lire la météo

Encore et toujours de la navigation : pilotage pour sortir de la Chambre par Penfret et le sud de la tête de mort pour aller mouiller au nord de Guiriden et profiter des sables blancs et du maërl magnifique sur l’archipel. Malheureusement, le vent étant trop faible, le pilotage se fera au moteur, mais occasion de constater qu’il y a beaucoup de points à suivre sur l’eau et que finalement, le moteur simplifie la manœuvre pour Patrick. L’expérience viendra avec la pratique.

Moi qui me baigne très rarement, ce mouillage est exceptionnel et je n’ai pas résisté à l’occasion de plonger. J’en ai profité pour aller vérifier le loch, qui indique 0 de vitesse depuis le début. L’hélice tourne pourtant bien, elle n’est pas encrassée, cela fait partie des choses à vérifier avec le chantier.

Pour ce jour 3, nous avons pris la direction de Lesconil. La destination présentait un gros avantage, elle nous permettait d’éviter les cellules orageuses qui se formaient sur la côte et un gros inconvénient, il allait falloir tirer des bords de près. Nous avons pu constater que sans réglages précis du génois et réglages dynamiques de la GV, il était difficile de remonter à moins de 60° du vent, ce qui n’est pas brillant. Patrick a aussi pu constater la forte dérive au près quand on loffe trop et qu’on ne cherche pas la vitesse. Après des réglages attentifs, nous avons réussi à gagner 10° précieux, avec la dégradation du temps.

Nous avons réussi à éviter les orages et sommes arrivés tranquillement à Lesconil. Encore une occasion pour Patrick de préparer le bateau pour l’arrivée et mener à bien la manœuvre de port. Il a aussi pu constater l’utilité de certains conseils (sur la longueur des aussières préparées, par exemple), sur l’approche, sur le temps à prendre pour être bien prêt, sur l’échange avec la capitainerie pour choisir le bon emplacement.

L’occasion aussi d’un bon cours de météo. Nous étions positionnés entre les cumulonimbus et le vent. Par conséquent, il fallait s’attendre à une chute brutale du vent, quand les orages allaient se déclencher et vider les nuages sous notre vent. Si nous avions été sous le vent du nuage, cela aurait été une autre paire de manches où le vent pouvait prendre 15 à 20 nœuds.

Jour 4 : naviguer en solo et préparer la suite

C’est le dernier jour du coaching, lors de la prochaine navigation, Patrick sera en responsabilité, il faut continuer à travailler le solo. Il faut aussi l’aider à définir un meilleur plan de pont : faire revenir au piano le hâle-bas de GV et la balancine de tangon, créer un hâle-bas de tangon, changer les taquets du piano pour les moderniser et en avoir plus. Avoir un retour dans le cockpit facilite la navigation en solo.

Dans le bateau, Patrick a trouvé un bout-dehors pour mettre un spi asymétrique. Néanmoins, ce n’est pas le bon, il ne peut pas se fixer et le travail s’annonce plus compliqué. Sans doute, installer un spi symétrique est un meilleur choix dans l’immédiat puisqu’il ne manque que le hâle-bas. En revanche, on peut garder l’idée, et dans ce cas, il serait intéressant de faire revenir l’amure dans le cockpit.

La dernière journée a aussi été consacrée à la navigation solo, le hissage, l’affalage et aussi à connaître les procédures de sécurité de base (voie d’eau, hauban cassé, homme à la mer) et enfin, détail qui compte, savoir réamorcer son moteur.

En conclusion, la liste des points à travailler pour être autonome est longue mais Patrick a pu profiter pleinement de ces 4 jours intensifs pour prendre en main son voilier. Il pourra maintenant prendre la mer en sécurité et en confiance, tout en restant prudent, puisqu’il doit encore apprendre.

Depuis, il a emmené pour une première sortie son épouse et sa maman. Tout s’est bien passé et j’ai vu de larges sourires sur les photos !

Ce format de coaching individuel sur mesure, c’est ce que je propose aux propriétaires qui veulent gagner en autonomie sur leur bateau : Prise en main de votre voilier

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