Le mal de mer en voile : un moniteur vous dit la vérité

12h sans pouvoir ni manger, ni boire sans refaire tout passer par-dessus bord. On appelle ça un gros mal de mer. Je l’ai vécu. C’était l’automne dernier, en Manche par 30 nœuds de vent minimum. Je me souviens de l’urgence à sortir de la cabine, je me souviens de la difficulté à s’habiller tellement le bateau était secoué.

Et puis, comme à chaque fois, c’est passé.

Il faut juste patienter ! Il faut juste accepter la réalité telle qu’elle est.

Bien évidemment, on ne passe pas toujours par ces extrêmes, c’est même très rare, et régulièrement dans certains stages, un équipier ou une équipière est malade. Mon rôle est de l’accompagner pour, premièrement, faire disparaître la honte, accepter de ne pas être bien, expliquer que ceux qui ne sont pas malades, c’est qu’ils l’ont pas encore été.

Alors ? Vous attendez peut-être de moi des solutions miracle à base de gingembre ou de médicaments « mer calme » (comme si un médicament pouvait calmer la mer ;)), ou de lunettes spéciales, ou encore le seul bouchon d’oreille.

Très honnêtement, aucun de ces remèdes ne fonctionne pour moi et je ne veux pas parler de solutions, je ne crois pas aux miracles. Je ne veux pas, non plus, parler de causes, puisque je ne suis pas médecin.

Alors, de quoi vais-je vous parler ?

Je veux vous dire que le mal de mer ne doit pas vous dissuader de faire de la voile, à quelques exceptions : si vous êtes déjà malade en train, mieux vaut ne pas s’aventurer sur un voilier. Oui, le mal de mer s’il ne doit pas vous empêcher de faire de la voile, c’est à condition qu’il soit modéré et que vous ne soyez pas, non plus, très sensible au mal des transports.

Mais pourquoi accepter de souffrir, d’assumer le risque d’être malade pour faire de la voile ?

Parce que c’est un mauvais moment à passer.

Parce que c’est un mauvais moment à passer avant la grande émotion.

(Si je reviens sur mon mal de mer du début, pendant la crise, je me demandais ce que je faisais là, mais une heure après avoir posé le pied au port, je voulais repartir).

Mais quelle est cette grande émotion qui mérite d’accepter de vomir ?

Elle est propre à chacun, c’est certain. Mais elle revient, selon moi, à accepter de pleurer pour être plus fort. Recevoir son émotion comme un cadeau de la vie.

Je n’ai aucun plaisir à être penché au-dessus du balcon arrière du bateau pour vomir, je me passerais volontiers de ces instants de détresse, mais je sais aussi que c’est mon chemin. Je pourrais me lamenter en voyant ceux qui ne sont pas malades comme moi mais je préfère regarder les choses avec lucidité, je suis malade en voilier, cela m’arrive. C’est ainsi.

En pensant cela, c’est-à-dire, en acceptant cette particularité (j’en ai d’autres), je me regarde en tentant de m’approcher vers plus de lucidité. C’est une situation, c’est un bout de moi, c’est une de mes vulnérabilités. C’est une de mes faiblesses. C’est ce qui me rappelle mon état de mortel. Quand je monte sur un bateau, c’est ce que me dit le mal de mer.

Vous allez trouver ça un peu exagéré. Vous venez chercher des conseils sur comment éviter le mal de mer et vous vous retrouvez avec une approche plus philosophique. Vous voilà bienvenue sur l’instant et la voile.

Mais rassurez-vous, en venant à mon bord, je vous expliquerai aussi les bonnes pratiques pour réduire les risques de mal de mer, je serai à vos côtés dans les moments les plus critiques de votre mal de mer : je vous épargnerai la grande explication philosophique mais je vous accrocherai au pont pour votre sécurité, je vous apporterai de l’eau à boire, un mouchoir, j’irai chercher le seau et je nettoierai le pont, tant d’actions bien concrètes quand se produit le mal de mer.

Et puis, la vie reprendra son cours et vous penserez très vite à autre chose quand viendront les dauphins, le vent, le coucher de soleil, vos progrès pour tenir votre près ou votre capacité à mener à bien l’envoi de spi.


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