Chef de bord, trop tôt ou trop tard : comment savoir ?

Devenir chef de bord, c’est franchir un cap. Pas une case à cocher, pas un diplôme à obtenir. Un moment où l’on décide qu’on est prêt – ou pas.

Chacun franchit cette étape à différents stades de sa progression.

Parfois, on attend d’avoir coché toutes les cases. D’être parfaitement légitime. Parfois, on se lance, sans être vraiment préparé.

Dans ces deux profils, je vous laisse deviner qui est souvent une femme et qui est souvent un homme, mais ce n’est pas le sujet.

Le sujet, c’est que parfois, c’est trop. Trop tard ou trop tôt.

Le trop que j’utilise n’est pas un jugement, on peut l’objectiver.


Trop tard

Vous avez toutes les compétences requises mais vous trouverez toujours de nouvelles raisons de ne pas y aller. Parce que vous n’avez pas encore fait de manœuvre de port par 25 nœuds, parce que vous n’avez pas encore utilisé un bi-safran, parce que vous ne connaissez pas encore bien le plan d’eau.

Dans cette situation, le travail de moniteur est de vous montrer que vous avez les outils pour vous lancer. Et aussi de vous montrer deux choses importantes.

Premièrement, vous ne pouvez pas acquérir la légitimité de chef de bord sans être chef de bord. Il faut y aller.

Deuxièmement, savoir manœuvrer au port par 25 nœuds, ça ne s’apprend pas avec un moniteur. Ça s’apprend quand on n’a pas le choix. Le tout étant d’avoir la boîte à outils de chef de bord. C’est mon rôle de vous construire cette boîte et de vous rassurer sur votre capacité à l’utiliser.


Trop tôt

C’est un peu plus délicat.

Dans le trop tard, la sécurité n’est pas en question. C’est comment donner confiance, comment révéler à l’autre qui il est. C’est du lien.

Dans le trop tôt, il y a une affaire de sécurité. Parfois d’aveuglement, de lucidité. Et le dicton le dit bien : il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Je me rappelle d’un stage. Un groupe d’amis qui veulent louer entre eux mais veulent vérifier que c’est bon et prennent un moniteur. Je ne peux que louer l’idée. Le chef de bord pressenti m’a indiqué qu’il avait déjà loué un voilier avec sa compagne et que cela s’était bien passé.

Pourtant, le stage commence et vite, je me rends à l’évidence : le niveau est insuffisant pour assurer la sécurité. Patiemment, je liste ce qui doit être travaillé et on travaille ce qui peut l’être, mais je sais qu’une semaine ne va pas suffire.

En debriefs, collectif et individuels, mon message est globalement : attention, il y a encore du travail. Ce n’est pas parce que ça s’est bien passé jusqu’ici que cela se passera toujours bien.

Leur retour : « oui, on a pris conscience que ce n’est pas complètement prudent et il faut encore travailler. »

Je me rassure. Tout va bien. Chacun reprend son chemin.

Plusieurs mois après, je prends de leurs nouvelles. Tout va bien, nous avons loué un bateau il y a 3 mois, tout s’est bien passé.

Jusqu’ici, tout va bien.


Avant de partir

Trop tôt ou trop tard, un des sujets qui pose problème quand on ne l’a pas bien travaillé, c’est la manœuvre de port, maillon essentiel de l’apprentissage du chef de bord. J’ai rédigé, pour les chefs de bord, un tutoriel sur les manœuvres de port.

Tu peux le télécharger gratuitement en cliquant sur ce lien.

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