On apprend la voile sur l’eau. Pas dans un livre, pas dans un cours théorique. Sur l’eau, avec du vent, un équipage et le réel qui s’impose.
Il y a un moment, après quelques semaines de navigation, où les gestes existent mais ne sont pas encore ancrés. Où l’on sait faire, sans être vraiment à l’aise. Où il manque quelque chose entre la connaissance et la confiance.
Ce que je propose, c’est d’accompagner ce passage. Pas en accélérant. En prenant le temps qu’il faut, avec un regard attentif sur chaque stagiaire, pour que chaque étape soit vraiment franchie avant de passer à la suivante.
Il y a quatre phases dans la progression d’un marin. Les voici.
Découverte et bases de la progression à la voile
Vous êtes débutant(e) ou grand(e) débutant(e) et vous allez découvrir une discipline, la voile, particulièrement complète, entre pratique et théorique. Bonne nouvelle ! Il n’y a pas un profil meilleur qu’un autre pour apprendre, on peut préférer la pratique ou la théorique, et dans les deux cas, devenir un bon voileux.
En revanche, pas de voile, sans pratique, sans répétition, sans automatisme.
Dans cette phase, vous allez découvrir le vent, la mer, les allures de navigation du bateau, les manœuvres en mer, au port, au mouillage, la navigation, la météo, les marées, la sécurité. Vous aurez, à la fin, de ce cycle, le bagage nécessaire pour passer à la phase suivante, l’autonomisation à chaque poste.
Cette première phase vous prendra en général entre deux et trois semaines de pratique sur l’eau. Vous débutez et souhaitez progresser dans un cadre structuré ? Découvrez le stage de voile niveau 2 FFV.
L’autonomisation de l’équipier dans sa progression à la voile
Vous avez acquis les bases et les premiers automatismes, vous aimez la voile et vous sentez cette aspiration pour le large. L’apprentissage en profondeur va pouvoir commencer et votre objectif est maintenant d’apprendre à tenir votre rôle à chaque poste d’équipier sur le voilier.
Vous serez tour à tour, barreur, régleur de grand-voile, de voile d’avant, numéro 1, pianiste et aussi navigateur. À chacun de ces postes, vous ne serez pas encore un expert ou pas encore en mesure de régler le bateau en finesse ou pas encore d’optimiser une route, mais le chef de bord pourra s’appuyer sur votre autonomie, en confiance. Il pourra aussi vous aider à progresser. En plus de la sécurité, c’est aussi son rôle.
À la fin de cette phase, que saurez-vous faire ?
Empanner sous spi ? Vous saurez vous proposer en tant que numéro 1.
Négocier un passage délicat ? Vous saurez mener le pilotage.
Maintenir le bateau dans un vent fort ? Vous saurez régler votre grand voile pour maintenir l’assiette du bateau.
On pourra commencer, sous la responsabilité du chef de bord, à vous confier des quarts.
Combien de temps ? Cette phase dépend de chacun et de sa capacité à naviguer beaucoup. Il faut au moins 5-6 semaines pour terminer cette phase et parfois un peu plus. Vous êtes à cette étape et voulez valider votre niveau 3 ? Découvrez le stage de voile niveau 3 FFV.
Responsabilité et autonomie
Vous maîtrisez les différents postes, vous avez acquis de l’expérience suffisante pour maintenant envisager prendre la responsabilité de chef de bord. Vous en avez envie ! Certains ou certaines n’en ont jamais l’envie et vont préférer se spécialiser à un ou plusieurs postes et devenir des experts, d’autres vont vouloir être chef de bord.
Nous avons besoin de cette diversité sur un bateau et le chef de bord doit pouvoir s’appuyer sur son équipage, ainsi que le faire progresser et chaque équipier a le droit à un chef de bord, fiable, rassurant et aidant. L’objectif premier étant la sécurité du bord, de l’équipage, et le maintien en état du navire.
Vous l’aurez compris : chef de bord, c’est à la fois des compétences techniques et des compétences humaines.
Cela repose sur une connaissance approfondie des manœuvres, de la navigation, de la sécurité à bord et sur des méthodes, rigoureuses, exigeantes. J’aime parler de checklists et de routines de chef de bord.
Chaque moment du bord doit reposer sur ces checklists de contrôle et de suivi. Un regard sur le gréement, un regard sur les éléments de sécurité, un regard sur la forme de l’équipage, un suivi de l’état des batteries, suis-je bien en veille sur le canal 16? quel est l’état du ciel ? Pas de grain en vue ? La météo évolue-t-elle ? Quelle est ma route fond ? Quelle est ma position ? À quelle heure mangerons-nous ?
Et si on faisait une manœuvre de récupération d’humain à la mer (HLM) ?
Et pour ce départ ? Les hublots sont bien fermés ? Quelle manœuvre de départ ? Quelle marée ? Quelle voilure choisir en fonction du temps ? Avec quel équipage ? Celui-ci est-il bien équipé ? La navigation que j’envisage est-elle adaptée à mon équipage ?
Savoir être chef de bord, c’est savoir se poser les bonnes questions et savoir y répondre. Sans éluder. Sans éviter le problème. Sans reporter à demain.
Un problème, je le traite. Savoir tenir son bateau, propre et en état.
Cette phase est possiblement assez difficile à terminer. On peut toujours apprendre et à un moment, il faut se lancer. S’appuyer sur un coach à ce moment crucial de la vie d’un marin est un bon choix.
Il faut environ six semaines pour être autonome en chef de bord. Vous êtes prêt à franchir le cap de la responsabilité de chef de bord ? Découvrez le stage chef de bord au départ de Saint-Malo.
Précision et exploitation des potentiels du support
C’est ce qu’on appelle, à tort, selon moi, la phase « performance ». Je traiterai un jour ce sujet et je vous dirai ce que j’entends par performance. Il y a de la performance dans toutes les autres phases, ici, je préfère parler précision et exploitation des potentiels du support.
Vous savez maintenant faire avancer votre voilier en sécurité, mais vous voulez aller plus loin, vous voulez le faire avancer à son plein potentiel et optimiser les réglages, comprendre ce qu’on appelle souvent, les réglages fins.
Dans cette phase, les réglages fins vont finir par devenir des réglages. Simplement des réglages. Le réglages de la bordure ne sera plus une option, le choix de la fermeture ou de l’ouverture de chute sera naturelle, la gîte du bateau, une information essentielle. Angle d’incidence, creux, position du creux, vrillage seront votre respiration de régleur.
Si vous voulez aller vers la régate, le RIPAM (Règlement International pour la Prévention des Abordages en Mer) sera relégué (mais pas oublié) derrière les RCV (Règles de Course à la Voile), vous deviendrez un geek des règles car vous comprendrez qu’il n’y a pas de victoire en régate sans connaissance pointue et passionnée des RCV.
Cette phase n’est pas obligatoire et nombre de plaisanciers n’auront pas d’intérêt pour l’aspect pointu de la voile. Parfois, je me dis que c’est bien dommage. Je vois sur l’eau de bien beaux voiliers pas exploités à leur plein potentiel. Parfois, je me dis que le plaisir, pour certain, n’est pas dans cette optimisation. J’oscille, mais ce qui est sûr, c’est que je vois trop de bateaux au port par manque de compétence des propriétaires, je vois trop de bateaux au moteur, dès qu’il y a trop de vent ou pas assez.
Cette phase n’a pas de limite temporelle, on apprend toujours… Et si jamais, un jour, en tant que marin, tu penses savoir, c’est sans doute qu’on t’a mal expliqué !
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